Un diptyque italien dans les collections liégeoises

Un diptyque italien dans les collections liégeoises

Diptyque Gaddi
Attribué à Taddeo Gaddi (1333–1396) - École florentine du Trecento Vers 1350
Le couronnement de la Vierge et Le Calvaire 
Détrempe et dorure sur panneau de peuplier
Département d’Art religieux et d’Art mosan
Inv. A1/1913

Ce petit diptyque italien compte parmi les premières œuvres entrées dans les collections de l’ancien musée d’Art religieux et d’Art mosan dont le Département d’Art religieux et d’Art mosan est en partie l’héritier. Il y est conservé depuis 1911, à la suite du legs de l’abbé Scheen, qui avait lui-même hérité de la collection de son ami Jules Helbig, l’un des fondateurs du Musée Diocésain. 

Conçu comme un objet de dévotion privée, ce diptyque pouvait être refermé et facilement transporté, notamment lors des voyages. Par sa technique, son style et son iconographie exclusivement religieuse, il s’inscrit dans la tradition de la peinture italienne du Trecento, le 14e siècle italien. Son style présente des affinités avec celui du peintre florentin Taddeo Gaddi, l’un des élèves les plus talentueux de Giotto. L’œuvre est toutefois attribuée à l’entourage de ce maître plutôt qu’à Gaddi lui-même. 

La peinture reste profondément influencée par la tradition des icônes byzantines. Les visages, aux traits très stylisés, sont dépourvus d’expression et se détachent sur un fond d’or uniforme. Cette lumière dorée, tout comme les auréoles qui entourent les têtes des personnages et des anges, contribue à créer une atmosphère sacrée et intemporelle.  

Sur le volet gauche, la Vierge est couronnée par le Christ sous un dais gothique ajouré. Marie est représentée assise, une position fréquente dans les représentations du Couronnement de la Vierge aux 13e et 14e siècles. 

Autour du couple céleste prennent place plusieurs saints : saint Pierre, en haut à gauche, et saint Paul, en haut à droite. Au registre inférieur apparaissent deux évêques nimbés, puis sainte Catherine de Sienne et sainte Catherine d’Alexandrie, reconnaissable à la roue qui accompagne son martyre. 
Six anges musiciens occupent la partie inférieure de la scène. Ils jouent différents instruments — flûte, orgue, luth, trompette et cornemuse — et donnent à la représentation une dimension particulièrement solennelle et festive. 

Le volet droit présente la Crucifixion du Christ. La scène rassemble une foule importante autour du Calvaire, selon une formule qui se développe dans l’art de la fin du Moyen Âge. À gauche de la croix, les saintes femmes, Marie-Cléophas et Marie-Salomé, soutiennent la Vierge en pleurs.

À droite se tiennent saint Jean, Joseph d’Arimathie et plusieurs spectateurs. 
Saint Jean est le seul apôtre présent au pied de la croix. La tradition chrétienne explique cette absence des autres disciples par leur fuite après l’arrestation du Christ, certains l’ayant trahi ou renié, d’autres ayant simplement abandonné leur maître. 

À l’arrière-plan, des cavaliers armés prennent part à la scène. Le Christ, les yeux clos, est fixé à une croix surmontée d’un titulus portant l’inscription « ID JC ». De petits anges volent autour de lui dans le ciel. Ses pieds, croisés l’un sur l’autre, reposent sur un suppedaneum, une petite tablette fixée à la croix. 

À partir du 13e siècle, la représentation du Christ crucifié sur trois clous se généralise en Occident : les deux pieds sont alors superposés et fixés par un seul clou. Le Christ aux yeux clos devient également un motif caractéristique de la peinture italienne de cette période, alors que cette formule apparaît plus tôt dans les écoles du Nord. 

Le diptyque est peint sur un support en bois de peuplier, essence très couramment utilisée par les peintres italiens au Moyen Âge. Une toile de lin a d’abord été appliquée sur le bois, puis recouverte d’une préparation de gesso. Cette couche blanche et lisse constituait le support de la peinture et de la dorure. 

Le fond et le cadre des panneaux sont dorés à la feuille d’or sur un bolus rouge. Cette fine préparation à base de terre orangée facilite le polissage de l’or et lui donne une tonalité chaude.  Les auréoles sont finement incisées pour créer un motif de rayures. D’autres décorations à l’or ornent les vêtements et quelques objets. 

La peinture est exécutée à la détrempe, selon une technique caractérisée par l’application de petites hachures colorées. Dans les carnations, on observe l’emploi d’une sous-couche sombre appelée verdaccio  qui est propre à la technique italienne de l’époque. Les couches superficielles de rose et de blanc sont devenues plus transparentes avec le temps mais elles ont également été usées par un nettoyage agressif. Aujourd’hui, les chairs apparaissent plus verdâtres qu’elles ne devraient. 

Audrey Jeghers
Conservatrice - Restauratrice / Musées de la Ville de Liège

Emplacement de l'exposition

Les objets sont visibles dans la vitrine de l'objet du mois. Hall d'entrée du musée Grand Curtius à Liège.

Copyright des photos : Ville de Liège - Grand Curtius