Féronstrée : un vestige médiéval mis au jour lors du chantier du tram

Liège : suivi archéologique sur le tracé du Tram
Découverte des rejets d'un atelier de tabletterie du Moyen-Âge central en Féronstrée

Entre les mois de janvier et septembre 2022, une équipe de l'asbl RPA (Recherches et Prospections archéologiques) a assisté les archéologues de l'Agence wallonne du Patrimoine (Direction opérationnelle de la zone Est) dans le cadre du suivi des travaux d'aménagement du tram dans le centre-ville de Liège. Dans le courant du mois de mai, l'équipe de terrain est intervenue à la suite du creusement d'une chambre de visite de 4,5 m de côté en Féronstrée, à hauteur de son croisement avec la rue des Aveugles (coord. Lambert 72 : 235993 est/149269 nord). Le fond de coffre du terrassement, atteignant la profondeur de 2 m (altitude : 60,45 m), a livré les fondations d'une cave moderne dont l'implantation correspond à l'ancien alignement de façade en bordure de la voirie, encore présente sur le cadastre primitif. Au-devant de cette cave, était visible la frange externe du comblement d'un ancien fossé d'écoulement des eaux usées. Celui-ci amorce un tournant vers la rue des Aveugles, laissant penser qu'il devait rejoindre la Meuse en empruntant l'axe de cette voirie.

Un sondage ponctuel d'une profondeur de 1 m a permis d'observer en coupe cet aménagement, sans en atteindre le fond. Le remplissage du fossé incorpore une charge de rejets anthropiques importante et est marqué par une fine stratification subhorizontale, soulignée par des épisodes successifs d'inondation ou de ruissellement. Sa paroi montre un profil vertical directement creusé dans des dépôts alluviaux naturels. À son contact, le limon encaissant montre une large frange de décoloration soulignée par un liseré d'oxydes précipités, ce qui confirme la présence d'eau stagnante au sein de la structure.

L'assemblage céramique associé au comblement du fossé est homogène et typique des productions de la première phase des ateliers dits d'Andenne, à situer entre le milieu du 11e siècle et le troisième quart du 12e siècle. Par ailleurs, un lot de 6 kg de matériel faunique y a été récolté à vue, pour un volume excavé de la structure qui n'excède pas 3/4 de m³. Cet assemblage faunique a été soumis à un rapide expertise archéozoologique. Le bœuf est majoritairement représenté, accompagné d'occurrences d'équidés, de suidés, de caprinés et plus ponctuellement de cervidés, d'oies et de chats. Les éléments rejetés sont principalement des tronçons de côtes, des mandibules, des vertèbres, des métapodes ainsi que des chevilles osseuses de cornes de bovins. De nombreuses pièces présentent des traces évidentes de façonnage et reflètent manifestement l'activité d'un atelier de tabletterie tout proche, et non de « simples » rejets de consommation ou de boucherie, bien qu'il soit possible que l'origine de ces ossements soit multiple.

Quoi qu'il en soit, il semble que notre corpus témoigne en grande partie de la production de petites appliques décoratives, probablement destinées à orner des manches d'outils ou du mobilier. Toute la chaîne opératoire est illustrée, depuis la sélection des restes squelettiques propices à l'élaboration de plaquettes planes jusqu'à leur confection à la scie, au couperet et par polissage. Certaines d'entre elles portent des perforations aux deux extrémités. De nombreuses ébauches ou rebuts d'appliques décorées ont également été mis au jour. Les motifs décoratifs représentent principalement des ocelles formés de deux à trois cercles concentriques, alignés ou en entrelacs, et plus rarement des chevrons. Enfin, la présence des chevilles osseuses pourrait également témoigner de l'exploitation de la corne. Une analyse archéozoologique approfondie restera nécessaire pour explorer ces différents aspects.

La mise au jour de rejets de tabletterie du Moyen Âge central dans la Cité de Liège ne s'avère pas foncièrement inattendue. En effet, le travail des matières dures animales connaît, de manière générale, un véritable « âge d'or » documentaire entre la période carolingienne et le Moyen Âge central. Toutefois, le cadre socio-économique de cette activité n'est pas encore appréhendable dans toute sa complexité historique. Dans quelle mesure cette activité est-elle prise en charge par des artisans spécialisés ? Quel est le degré d'itinérance de ceux-ci ? S'inscrivent-ils exclusivement dans une production de commande, ou également dans une production tournée vers un marché ? À quelle échelle ?

S'il est, en l'état de la recherche, prématuré de s'aventurer dans ces questions, on peut d'ores et déjà noter que l'activité de tabletterie révélée en Féronstrée s'inscrit dans le cadre du développement du faubourg Saint-Thomas. Cet espace s'articule autour de la collégiale Saint-Barthélemy et ne sera intégré à la ligne fortifiée de la Cité de Liège qu'après l'implantation de l'enceinte communale barrant la plaine alluviale au niveau de la place des Déportés, probablement dans le courant d'une période comprise dans les deux premiers tiers du 12e siècle.

Denis Henrard, Valentine De Beusscher, Quentin Goffette, Guillaume Mora-Dieu, Daniel Rodriguez-Lopez et Pierre Verstegen – Archéologues

Journées européennes de l'archéologie 2026

Du 12 au 14 juin 2026, la Wallonie célèbre les Journées européennes de l’archéologie, trois jours pour explorer les traces de notre passé et comprendre leur importance aujourd’hui. Une édition qui s’inscrit dans Le Patrimoine en spectacle et fait écho aux découvertes archéologiques récemment mises en lumière.

Emplacement de l'exposition

Les objets sont visibles dans la vitrine de l'objet du mois. Hall d'entrée du musée Grand Curtius à Liège.

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